TISSEO

LIGNE A
STATION JEAN JAURÈS
Felice Varini
« comment faire »

« Comment faire de la peinture aujourd’hui, dans des volumes, et qui puisse rester abstraite ? ». L’essentiel est dans ce registre du « comment faire » qui fournit un accès direct au pragmatisme d’une méthode. Et celle de Varini a quelque chose de l’enfance de l’art. Il s’agit tout juste de fixer « un point de vue »… un seul. Son travail est surtout connu depuis sa spectaculaire intervention dans l’église des Jésuites de Sion en 1985. Varini a dispersé les huit éléments d’un diaphragme, en sorte qu’en un point précis le spectateur reconstitue le disque dans son entier et découvre — comme si ce dernier était transparent — l’image photographique des parties occultées par l’installation. On a parlé un peu vite de « trompe-l’œil ». L’artiste détermine en fait ce « point de vue » duquel il projette une image sur un volume.
L'ARCHITECTURE
L’image issue d’un sommet de cône « accroche » ainsi une ou plusieurs sections — autant de portions de plan que le volume comptera de reliefs (par exemple les 26 tirants de la cage d’escalier de la station Jaurès). Le spectateur s’éloigne un tant soit peu de ce point d’origine de la projection (le sommet du cône qui est à Jaurès au départ de l’escalier fixe pour le cercle visible d’en haut) et l’image se désarticule.
L'OEUVRE
Si « méthode » il y a c’est moins celle du trompe-l’œil que de l’anamorphose. Anamorphose d’ailleurs « généralisée » puisque englobant l’anamorphose traditionnelle comme un cas particulier — celui où, projetée sur un plan unique, l’image dissimulée s’inscrit dans le continuum d’une seule ellipse. En somme pour Varini l’image est toujours une projection (un « point de vue » n’est en fait qu’un sommet de cône), l’absence de déformation est un cas particulier de l’anamorphose (le monde du sens commun n’est qu’une projection sur un cercle) et il est clair que pour parler de « peinture » il faut être deux.